Zemmour, l'outsider identitaire... pas vraiment national.




Il faudrait être jobard ou bien aveugle pour contester la dynamique derrière la candidature d'Eric Zemmour à la présidentielle. De toute évidence, l'écrivain et éditorialiste suscite un certain intérêt -pour ne pas dire un intérêt certain- auprès d'une partie des français et vient bousculer le champ politique en place. Il parviendrait même, et c'est ce qui apparait comme déroutant, à ébranler et fracturer la mouvance nationale... à son profit.
Et c'est précisément sur ce point qu'il convient, à mon avis, de s'attarder, tant Eric Zemmour incarne la trahison de l'espoir et du roman national. Non en raison de ses origines ou de son nom comme peuvent le dire ses détracteurs gauchistes et autres dégénérés acculturés qui ne parviennent même pas à comprendre ni à définir ce qu'est être français, mais bien en raison de ses positionnements idéologiques – et de sa posture en général. Commençons, avant toute autre chose, par rappeler inlassablement que lorsque certains alertaient les français sur les dangers de l'immigration il y a 40 ou 50 ans, Monsieur Zemmour, lui, votait François Mitterand. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas été visionnaire. Quelle ironie de l'entendre aujourd'hui affirmer qu'il est le seul à parler du danger migratoire, et qu'il avait mis en garde avant tout le monde sur ses conséquences... 

Reconnaissons tout de même à Eric Zemmour une qualité : celui d'avoir permis l'émergence de débats jusqu'alors interdits sur la place médiatique... ou, s'ils n'étaient pas directement prohibés, ils étaient en tout cas sévèrement réprimés, raillés ou méprisés par la doxa dominante et autres petits milieux parisianistes bien-pensants. Eric Zemmour a incontestablement apporté une bouffée d'oxygène il y a une dizaine d'années dans un environnement médiatique objectivement standardisé -et donc de facto stérile-, asphyxiant le débat et le pluralisme des opinions. C'est d'ailleurs ce qui a constitué, en partie, son succès et son ascension médiatique. Mais il apparait aujourd'hui paradoxalement comme celui qui "pollue" le plus le débat et la vie politique française.

L'immigration, seule et unique préoccupation de Zemmour, était omniprésente dans les premières semaines de campagne, à tel point que tous les autres sujets essentiels aux yeux des français mais aussi -et surtout- à l'avenir de la nation commençaient progressivement à être occultés. La campagne identitaire, exclusivement portée sur la thématique migratoire, tant chérie par les forces anti-nationales qui agissent dans l'ombre pointait paisiblement le bout de son nez, au grand dam des français.
S'il apparait absurde et insensé de ne pas reconnaître les méfaits terribles de l'immigration anarchique dans notre pays, du renoncement des élites françaises à faire aimer et respecter la France, de l'erreur fondamentale qu'a été l'abandon de l'idée d'assimilation et qui a conduit à l'enfantement d'êtres déracinés, acculturés, voire à de véritables ennemis de l'intérieur; il apparait comme déconcertant et même fâcheux de n'en faire que la seule et unique préoccupation des français.
A l'heure où il y a un consensus sur le constat dramatique de la réalité de l'immigration dans notre pays -à l'exception de l'extrême-gauche qui nie ces réalités pour des raisons strictement électorales-, Zemmour parvient aujourd'hui, par ses outrances et ses excès, à diviser à nouveau les français sur cette problématique. Il est assez déplorable, à mes yeux, de constater qu'une partie des français, légitimement excédée par la situation explosive de l'immigration et de la délinquance dans notre pays -qui n'a de cesse d'empirer après chaque mandat- préfère s'en remettre à l'exubérance et à la surenchère délibérément provocatrice plutôt qu'au pragmatisme et à la concorde.
Si les français se sentent à juste titre dépossédés de leur propre pays et trahis par leurs élites dirigeantes, s'engouffrer dans cette chimère identitaire et céder à l'ivresse de la radicalité, au moment même où le pays n'a jamais été aussi excédé et fragmenté que par la gouvernance macroniste, m'apparaît être une erreur et probablement une issue fatale pour les français.

Notre salut ne passera que par la concorde, par l'union de toutes les forces vives et patriotes de la nation, et assurément, je le répète de manière intarissable, par la déconstruction des carcans idéologiques qui nous ont été imposés par le Système ou dans lesquels nous nous sommes nous-mêmes sciemment enfermés.

Mais il ne peut y avoir d'union sans paix sociale et de paix sociale sans union, tout comme il ne peut y avoir de paix sociale sans, précisément, défense du tissu social, du pays réel, abandonné par nos politiques, préférant défendre leurs intérêts catégoriels, privés, et garantir la pérennité de leur caste. Une caste politique à laquelle appartient Eric Zemmour, bien qu'il affirme vouloir la combattre.

Le candidat du camp libéral.


S'il n'est pas véritablement opportun d'attaquer Eric Zemmour sur les innombrables dîners mondains auxquels il a participé en vingt ans de carrière comme journaliste politique, cacher ou minorer l'influence qu'ont eu sur lui ces rencontres mondaines avec les plus grandes éminences -et parjures- de la nation ne seraient pas non plus honnête intellectuellement. Tout le monde ne déjeune pas avec pas Bernard Henri-Lévy, Jacques Attali, Patrick Buisson, Alain Finkielkraut ou encore Charles Gave tous les jours. Il est évident qu'évoluer dans de pareilles sphères vous façonne, tant que cela façonne votre réseau et vous permet de parfaitement comprendre les rouages du Système politique et les codes de l'oligarchie au pouvoir. 

Sur le plan économique, d'ailleurs, ces prises de position ne sont souvent guère différentes de celles mises en oeuvre ou rêvées par nos (autres) élites néo-libérales. C'est le cas, par exemple, du positionnement d'Eric Zemmour sur l'âge légal de départ à la retraite, qu'il souhaite faire passer à 64 ans, dans la droite ligne de François Fillon qui formulait également cette proposition dans son programme de 2017. Macron, quant à lui, souhaite le faire passer à 65 ans.
Il envisage par ailleurs, comme Emmanuel Macron, d'augmenter la durée du temps de travail pour dépasser les 35 heures... faisant fi d'ignorer (ou ignorant vraiment) que cela est déjà rendu possible par disposition légale ou par convention collective et que rares sont les salariés du privé qui, en réalité, se contentent de travailler 35 heures par semaine. Rappelons une chose : s'attaquer à la durée légale du travail ne sert à rien et ne permettra pas le retour à l'emploi des personnes aujourd'hui sans activité. L'urgence est d'augmenter le nombre de travailleurs, et particulièrement de voir augmenter le taux d'activité des jeunes et des seniors.
Quel est l'intérêt d'augmenter le temps de travail ou d'allonger l'âge légal de départ à la retraite quand on sait qu'un nombre toujours plus élevé de "seniors" se retrouvent au chômage et arrivent à la retraite sans jamais avoir pu retrouver un emploi? 
Et demain? Que décideront ces néo-libéraux qui, bien souvent, n'ont jamais concrètement rien fait de leur vie sinon vagabonder d'un poste surrémunéré à un autre dans la haute fonction publique? Jusqu'à quel âge faudra-t-il travailler, mener une vie de labeur pour espérer, un jour, peut-être (et cette réalité est de moins en moins certaine, déjà trop souvent rendue impossible) pouvoir se reposer et vivre dignement des fruits de son travail? 

Notons également le revirement soudain du candidat Eric Zemmour sur la question du pouvoir d'achat. S'il semble désormais s'y intéresser et formuler quelques propositions (plutôt fantaisistes) en la matière, lui et ses équipes affirmaient jusqu'en novembre que "parler du pouvoir d'achat, c'était mépriser les français", et qu'il ''n'était pas là pour parler de l'urgence du pouvoir d'achat". A cette même période, il reprochait d'ailleurs à Marine Le Pen d'avoir démarré sa campagne sur ce thème, la qualifiant de "femme de gauche" et allant même jusqu'à qualifier son électorat de "ghettos d'ouvriers et de chômeurs". Un mépris de classe qui n'est pas sans rappeler celui d'Emmanuel Macron, ce qui n'a rien de surprenant quand on connait l'entourage proche d'Eric Zemmour.


Les milieux d'argent et réseaux communautaires


Qu'il est pour le moins déroutant et ironique de s'apercevoir que les principaux soutiens d'un autoproclamé défenseur de la "France éternelle" sont tous issus des milieux d'affaires, et notamment de Rothschild. Son ami Julien Madar, en charge du financement de l'association des Amis d'Eric Zemmour, est un ancien banquier d'affaires de Rothschild. Jonathan Nadler, à la tête de la cellule économique aux côtés de Philippe Izraelewicz (promoteur immobilier et ex colistier de Valérie Pécresse aux régionales de 2010), a lui aussi travaillé chez Rothschild. Quant à ses soutiens publicitaires et à ses équipes de communicants, ils sont tout autant fortunés... et communautaires.
Quelle crédibilité a donc Eric Zemmour lorsqu'il tente de s'adresser aux milieux populaires? Milieux, qui, par ailleurs -si l'on en croit les différentes enquêtes d'opinion- ne sont pas enclin à voter pour lui, mais bien en faveur de sa principale concurrente. Ne nous y trompons pas, son programme économique a été conçu par des ultra-riches pour les ultra-riches : grandes entreprises, grands patrons, grands groupes immobiliers, bref, tous ceux que Emmanuel Macron s'est évertué à cajoler pendant sept ans (cinq ans en tant que Président de la République Française, et deux ans en tant que Ministre de l'Economie sous Hollande).
Pour le reste, son important patrimoine immobilier, exclusivement parisien, illustre également cette tartuferie et l'antinomie entre le discours, qui se veut enraciné, et les actes, qui eux, témoignent d'un attachement pour le moins relatif à nos milieux ruraux ou à la province en général. Eric Zemmour, chantre de l'enracinement, qui se veut le nouveau porte-voix des petites gens, n'a pas daigné -malgré sa fortune colossale- investir dans nos campagnes. Paris d'abord!


Les valeurs (pas franchement) traditionnelles


Enfin, difficile de ne pas conclure sur l'une des contradictions majeures du candidat Eric Zemmour et peut-être la plus discréditante : son idylle avec Sarah Knafo. Après avoir célébré durant des années, sous les feux des projecteurs, les "valeurs traditionnelles" et défendu (du moins publiquement) la structure familiale elle aussi traditionnelle, nous savons désormais que son coeur bat pour une autre femme que celle avec laquelle il est marié, et mère de ses trois enfants. Une femme de 35 ans sa cadette. Certains diront que cela relève de sa vie privée et ils auront raison, mais dans la mesure où cette idylle est rendue publique et officielle, et compte tenu, une fois de plus, de ses prises de position et engagements passés, on ne saurait camoufler cela et ne pas y voir un nouvel antagonisme... ou renoncement?
Si Eric Zemmour a pu, avec justesse et souvent avec courage, dénoncer les attaques successives faites à la famille traditionnelle par nos élites "progressistes" et mondialistes, dont le but est clairement d'aller toujours plus loin dans la déconstruction de la cellule familiale (et, à travers elle, de ce que nous sommes, de notre civilisation); il apparait comme ostensiblement inconvenant et trompeur d'agiter ces valeurs quand on les enfreint et piétine soi-même.
Il ne peut y avoir de critique légitime du dit "progressisme", de ses méfaits, et de défense d'un conservatisme plein et entier sans que nous nous interrogions sur nos propres renoncements ou nos propres contradictions. La déliquescence de notre société n'est pas entièrement imputable aux politiques -certes contestables- défendues et appliquées depuis des décennies par nos autoproclamées élites, elle est aussi le reflet de nos lâchetés individuelles et collectives. Déconstruire la pensée "progressiste" implique avant tout la réappropriation de ce que nous sommes et que nous avons cessé d'être, une exemplarité dans nos comportements, une rigueur de vie et une droiture... qui semblent échapper à notre chantre de la "France éternelle" !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.